Pagayer pour l'autisme

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  • Quelle mouche vous a piqué ?


    Benoît : La plage où nous avons couché hier soir était littéralement infestée d’insectes piqueurs. Plus précisément de ces mouches avec un corps d’abeille que plusieurs reconnaîtront à leur opiniâtreté à nous survoler malgré le vent et les coups qu’on leur porte. Mais nous avions omis de vous parler d’une arme déterminante pour combattre cet ennemi particulièrement envahissant sur la George. Notre tente moustiquaire, élément on ne peut plus essentiel. En fait, on lui porte une dévotion sans borne. Elle nous permet de manger en paix, de fouiller dans nos bagages sans devenir fou, d’écrire ces lignes tranquillement en sirotant un scotch et de discuter avec nos compagnons sans constamment s’auto-frapper. Elle nous offre un répit un peu à la manière des « Répits de Gaby » pour ces enfants autistes qui nous inspirent dans cette escapade.

    Grâce à notre technologie portative et imperméable, nous pouvons chaque soir aller chercher sur le Web la météo des 2 points les plus près du lieu de l’expédition, soit Schefferville et Kangiqsualujjuaq. Malgré notre éloignement de 350 km de ces 2 points, nous arrivons assez bien à prévoir la météo du lendemain. Hier on annonçait des vents de 30 km/h sud-est. Nous nous frottions les mains en prévision d’une journée avec vent dans le dos, notre trimaran et sa voile de 6 x 8. Déception : le vent ne s’est pas levé ou à peine. Nous avons pagayé quand même nos 18 km prévus en moins de 4 h 30. Notre site à Wedge Point est paradisiaque. Une plage de sable de 100 m de large et de 1 km de long. Aussitôt campés, le vent se lève, comme pour nous narguer. Détail intrigant sur notre site : des débris de crash aérien jonchent le sol (moteur, carlingue et cabine); un Cessna qui s’est sans doute abîmé dans la baie il y a plusieurs années. Cette rivière n’est assurément pas de tout repos.

    Raymond : Ces 18 kilomètres, il nous a fallu les pagayer. Est-ce les crêpes au sucre à la crème, préparées par Anne, la conjointe de Benoît, qui nous donna l’énergie de nous rendre à destination ? En tout cas elles étaient délicieuses. Comme nos canots sont regroupés, nous avons l’occasion de jaser ensemble de tout et de rien. Après la pause dîner, sans que personne ne se concerte, nous nous sommes mis à pagayer en silence, concentrés sur la mécanique du mouvement nous permettant d’avancer, la pagaie devenant une extension de la main. On réussit à faire le vide autour de soi et on a l’impression que l’on pourrait tenir des heures. Ceux qui font du jogging savent de quoi je parle. Le lac de la Hutte sauvage est un élargissement de la rivière George d’une centaine de kilomètres. Cet après-midi, comme il n’y avait pas de vent, nous avons pu voir les poissons venir se nourrir d’insectes à la surface de l’eau. Nous apercevions la nageoire dorsale fendre l’eau avant de disparaître aussitôt. Arrivés à 16 h 30, nous avons pris le temps de nous baigner, ce que nous ne pourrons certainement pas faire dans 2 semaines. Demain, notre premier jour de pause, où nous planifions marcher sur la montagne qui surplombe le campement. Ce devrait être assez facile puisque celle-ci ne comporte aucune végétation, si ce n’est les aulnes sur la rive.

  • L’union fait la force


    Pierre-Marc : Après la journée du 16 juillet où nous avons réussi à parcourir une distance aussi surprenante qu’incroyable de 27 kilomètres au lieu des 18 prévus, nous avons commencé notre journée de dimanche avec des idées plein la tête pour améliorer notre système de voiles plus que rudimentaires formées de pagaies et de petites toiles. Après un déjeuner exquis composé exclusivement de gruau (mmmm du gruau !), nous nous sommes mis à construire un trimaran avec nos trois canots, solidement attachés les uns aux autres avec des perches. Nous avons installé notre nouvelle voile constituée cette fois de deux très longues perches et d’une immense toile que Raymond a sortie d’on ne sait où. Nous sommes demeurés très confiants à l’égard de notre système malgré le vent qui soufflait sur notre flanc, soit du côté nord-ouest. Après une heure de dérive mouvementée, de tentative aussi héroïque que vaine pour faire fonctionner notre voile, histoire de se la couler douce comme la veille, nos cinq pagayeurs se sont donc résignés à faire ce pourquoi ils avaient parcouru plus de 1 500 km, pagayer.

    Personnellement, je suis de ceux qui préfèrent le vent à la pluie. Malgré une journée éreintante à combattre les rafales, les vagues et la dérive incontrôlable de notre embarcation, c’est toujours mieux qu’une %#* journée de pluie. Nous avons passé ainsi toute la journée à pagayer à quatre avec Étienne à la barre de notre fierté, aussi frêle soit-elle. Au bout de plusieurs heures de canot et de 12,5 km, nous nous sommes installés sur une langue de sable qui s’avance dans l’immense lac de la Hutte sauvage. Est-ce que nos héros étaient arrivés au bout de leurs peines ? Non… encore des traces d’ours, mais cette fois d’un petit de l’année. Il s’agira de bien faire attention pour l’entreposage de la nourriture et de bien brûler les déchets. Pendant que j’écris ces lignes, Étienne arrive justement avec deux superbes truites grises qu’il vient tout juste de pêcher et qui pourront agrémenter le riz de ce soir. Malgré la grande difficulté que représentait la traversée du lac avec un vent de face, nous avons mis à contribution la célèbre maxime : l’union fait la force.