Pagayer pour l'autisme

Auteur/autrice : Benoit Laporte

  • La traversée du désert de lichen, à dos de F-150

    Le mardi 7 juillet, 23 h 50

    Léquipe 2009 de Pagayer pour lAutisme
    L'équipe 2009 de Pagayer pour l'Autisme

    Deux longues journées. Définitivement.

    Partis lundi matin à 11 h de Repentigny pour s’assoupir dans la toundra, à 2 h AM, au milieu de la route de la Baie James, à 257 km au nord de Matagami. Aujourd’hui, une interminable traversée de la taïga en pick-up pour se farcir les 1 000 autres kilomètres nous séparant de la base d’hydravion d’Air Saguenay, sur l’immense réservoir Caniapiscau.

    Réempilés à 9 h 30 dans notre vaisseau du désert, nous avons été accueillis par la souriante préposée d’Air Saguenay à 23 h. Elle nous annonce que le forfait inclus une chambre avec douche et cuisinette et petit déjeuner à 6 h 30. Elle confirme que notre vol est prévu à 8 h 30 demain matin et que notre matériel doit être chargé dans les aéronefs vers 8 h. « Il est 23 h. Et nous n’avons pas encore soupé. Est-il possible de retarder le vol en milieu d’avant midi? », « Oui, d’ailleurs, vous êtes mon premier vol cette année. J’avise les pilotes des Beaver et Otter Turbo, qui partiront de Schefferville, demain matin. »

    Tôt mardi matin, je me suis réveillé à 5 h 30, après quelques heures de sommeil, excité par le vrombissement de la majestueuse cascade Rupert, une chute magnifique qui croise la route de la Baie James. Partout sur le pont qui l’enjambe, des graffitis dénoncent la fin annoncée de cette rivière : « Save Me », « Help me », « Don’t kill me », « I don’t want to die »… Les promoteurs de ce projet démentiel ont tout fait pour faire disparaître les traces de ces « empêcheurs de tourner en rond », en repeignant les graffitis dénonciateurs. Mais peine perdue, ils réapparaissent.

    La rivière Rupert, un des plus grands cours d’eau de l’est du Canada, sera détournée dans quelques mois et perdra la grande majorité de son débit, au profit des barrages de la rivière « La Grande ». Les Cris ont autorisé son détournement, après de longues et lucratives négociations. Ils avaient l’habitude de remonter ce fleuve en canot de 30 pieds jusqu’à sa source, le lac Mistassini. L’an prochain, ils pourront dorénavant la remonter en VTT, directement dans le lit de la rivière. Le camping où nous dormons disparaîtra d’ici l’automne sous plusieurs mètres d’eau, pour faire place à une autre mer intérieure, celle-ci nourrissant d’électrons les gratte-ciels américains et les airs climatisés de l’Ontario. Le grondement de la majestueuse cascade près de laquelle nous dormons fera place au bruit de la caisse enregistreuse du progrès.

    L’essence, payée moins d’un dollar le litre à Val d’Or, fut monnayée à 1,21 $ près de Radisson et à 1,41 $ à destination. Le prix de l’éloignement. Nous transportons 2 500 livres de bagages, incluant les pagayeurs, et les 3 canots démontés en partie afin qu’ils s’emboîtent les uns dans les autres, histoire d’attacher 1 canot par avion, au lieu de 2.

    La route de terre de Radisson (LG2) jusqu’à l’aéroport de Caniapiscau s’étale sur 666 km. La route de la bête où nous avons croisé ours, orignal (avec panache), coyote et machineries lourdes. Ce territoire administré par les fonctionnaires de la société de développement de la Baie-James couvre 350 000 km2, un territoire aussi grand que l’Allemagne (357 000 km2). Nous avons pris le temps de prendre des photos et vidéos, armés de nos 4 caméras photos et 2 caméras vidéos.

    Là, je m’engouffre dans mon plumard civilisé, le dernier avant plusieurs semaines.

  • La moitié du plaisir de l’expédition, ce sont les préliminaires

    Plusieurs mois ont « coulé » depuis le dernier texte. Le groupe s’est réuni à plusieurs reprises pour achever la planification des repas, l’équipement, les commandites et la logistique du transport.  Je vous épargne les détails de nos réunions où chaque membre doit défendre ses dossiers.  Ce n’est plus un groupe de joyeux canoteurs, c’est le cabinet des ministres à l’assemblée nationale…

    Un argument de poids

    Pour minimiser le coût du transport aérien, il est normal de peser chaque item transporté, incluant les canots et les sacs de jour.  Ce qui est plus problématique, c’est de confirmer le poids « habillé » de chaque participant (incluant le pilote).  Un exercice exigeant qui demande une certaine rigueur.  Hors de question de rajouter un dernier paquet, gâteries ou bébelles inutiles.  Nous devons respecter le poids maximal permis pour notre aéronef, sinon on ne vole pas.  Par expérience, lors de nos dernières descentes, cette étape cruciale génèrait toujours un certain stress. Il est même recommandé que chaque gars perde quelques kilos avant le départ. Tel un boxeur lors de la pesée officielle, il est proscrit de prendre du poids…

    La saga du pistolet

    Ceux qui ont lu les chroniques précédentes, pour se protéger des prédateurs entreprenants, nous avons opté pour se munir d’une arme de poing, au lieu de l’encombrant fusil de chasse. Il est extrêmement difficile d’obtenir un permis de transport d’arme de poing, même si tu es policier ou avocat depuis 30 ans.  Nos 2 représentants de la loi travaillent intensément pour obtenir les autorisations requises.  Il ne reste que quelques semaines…  Je sens que nous retournerons à la bonne vieille pétoire, encombrante mais autorisée.

    Le « Power Shopping » chez Sail

    Dernièrement, le groupe à dévalisé le Sail Baron de Laval.  Une session intensive de magasinage chez notre commanditaire de matériel nautique, de camping, de chasse et pêche. Tout le groupe a été accueilli, tel la royauté, pour compléter notre équipement : Dry suit, tentes, équipement de pêche, poivre de Cayenne à ours, vêtements adaptés, bottes, articles de cuisine….

    Nos hôtes, Jean-Sylvain (nautique) et Jonathan Nantel (camping) ont su satisfaire tout nos petits caprices. Après 3 heures d’emplettes intensives, nous célébrions le « Noël du campeur » en trottant dans le stationnement avec nos sacs pleins de matériels d’expédition.  Comme des enfants.  Il n’y a pas de doute, le grand plaisir d’une expédition, c’est la planification…

    « Pierre-Marc, Gérald, Benoit, Mathieu et Jean-Pierre, entourant Jean-Sylvain et Jonathan de Sail Baron. Malgré le fait qu’Étienne était absent de corps, sa carte de crédit nous accompagnait.

    Notre grande « Avant-première »

    Dans moins d’une semaine, se déroulera une autre étape incontournable d’une descente de ce calibre: « la fin de semaine de pratique ».  Le but est d’intégrer les nouveaux participants, Jean-Pierre et Mathieu, grâce aux rites initiatiques ancestraux.  La partie la plus exigeante de ce week-end, est sans contredit « la parade nue, à la brunante, couvert de miel » et « la corvée ininterrompue de préparation de tous les repas, la vaisselle, l’installation du camp et des tentes », pendant que les anciens leurs attribuent des notes d’appréciation.  On pourra en même temps tester la nouvelle tente moustiquaire de Gérald, et son spa intégré.  Le clou de la fin de semaine sera sans doute l’essai du nouveau « chapeau-bécosse » permettant de se laisser aller aux besoins primaires, à l’abri des insectes suceurs.

    Notre ange à Tasiujaq

    Il y a quelques mois, un ange nous est apparu dans notre boîte de courriel. Une enseignante basée dans le petit village Inuit de Tasiujaq, nous offre son appartement pendant les quelques jours de transit à la sortie de la rivière.   À la fin des classes, elle et son copain auront quitté leur petit village pour des vacances bien méritées au sud, près de la ville de Québec.  Nous avons abusé de sa générosité en lui demandant l’autorisation de lui expédier un colis avec des vêtements propres, de la nourriture et un peu de baume pour l’âme.  En plus elle nous mettra en contact avec un résident local qui s’occupera de transborder notre matériel dans le bateau de retour. Plus je lui écris, plus je l’aime….

    Notre fournisseur de télécommunication

    Une autre surprise. Une entreprise de télécommunication de St-Ambroise, dans Lanaudière, NJ Albert Communication, nous offre de tester un prototype portatif  de communication satellite qui nous permettra de téléphoner par VOIP, de télécharger des vidéos, les textes pour notre blogue, surfer pour la météo et lire nos courriels pendant l’expédition. Nous n’avons qu’à fournir l’énergie grâce à une pile compacte portative, chargée par capteurs solaires…

    Notre mère nourricière et sa nutritionniste

    Nous avons effectué le premier tour de reconnaissance chez notre commanditaire IGA Crevier de l’Assomption. Nous privilégions les aliments déshydratés, pâtes, riz, semoules de blé, soupes et bouillons en poudre. Le tout agrémenté d’épices exotiques afin de briser la monotonie des repas.  Le plus souvent, le repas principal devient simplement un accompagnement, dû à la grande habilité de nos pêcheurs…

    Nos amis chez Ducasse Traiteur nous ont prodigué de judicieux conseils afin de bien équilibrer nos repas. À notre dernière expédition en 2005, nous avions noté quelques carences alimentaires en protéines, en vitamines et autres mots étranges qui finissent en « ines ».

    Je vous invite à nous lire dans une dizaine de jours où nous ferons part du déroulement de notre week-end en forêt avec nos copains, les mouches noires.

    Notes: Ceux qui ont pris l’habitude de nous lire à l’adresse http://nunavik2009.blogspot.com, prenez note que celui-ci sera bientôt fermé au profit de notre site officiel http://www.pagayerpourlautisme.com ou simplement http://ppa2009.ca