Pagayer pour l'autisme

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  • Pourquoi?


    Benoît : En dévalant les rapides et en traversant d’immenses lacs que l’on peut comparer à ceux que l’on retrouve sur le fleuve Saint-Laurent, nous avons beaucoup de temps pour réfléchir. Même si pendant 6 à 7 heures par jour votre partenaire de canot se situe à moins de 6 pieds de vous, vous n’êtes pas constamment à lui parler. Vous ressassez plein de choses dans votre tête. Vous pensez souvent aux êtres aimés qui vous manquent beaucoup. C’est à ce moment que les personnes que vous teniez pour acquises ne nourrissent plus votre âme. Vous êtes en sevrage. Je me suis rappelé ce qui avait été l’élément déclencheur de cette expédition. Après réflexion, 3 événements avaient été déterminants pour que cette aventure prenne forme. Le premier événement eut lieu au milieu des années 90. J’étais au magasin La Cordée et je fouillais dans les cartes de rivières à la recherche de ma prochaine descente. Je feuilletais la carte de la rivière Moisie dont j’avais entendu beaucoup de bien. Derrière moi une voix me dit: « Non, pas cette carte. Si tu veux une belle rivière, prends la carte de la George ». Cette voix, c’était celle de Jean- Marc Chabot, grand canoteur devant l’éternel, qui avait descendu la George en 1992, avec un ami, chacun dans un canot solo. J’ai alors acheté la carte de la George, l’ai regardée et placée dans mon classeur de cartes, en me disant qu’un jour, je me la paierai.

    Le deuxième événement se passa en mars 2004, sur un train de VIA, en revenant de Québec. J’aperçus un homme avec une casquette sur laquelle était inscrite quelque chose comme « Cycle for Autism. Help solve the puzzle ». Je pris en note ces quelques mots et dès mon arrivée à la maison, j’essayai de trouver des informations sur ce mystérieux slogan sur le Web. Si ma mémoire est bonne, il s’agissait de 2 pères d’enfants autistes, adeptes de vélo de route, qui avaient décidé de traverser le Canada à vélo, afin d’amasser des fonds pour la recherche sur l’autisme. Grâce à un site Web très bien fait et à l’appui des différentes organisations locales de soutien à l’autisme, ils avaient réussi à générer plus de 1 million de dollars pour la recherche. Je trouvais l’idée inspirante et grandiose.

    Le décor idéal pour combattre le spleen

    Le troisième élément déterminant a été la lecture d’un livre que j’ai déniché sur Internet. Il s’agit de l’histoire de Leonidas Hubbard, un jeune journaliste de New York, qui a tenté en 1903 avec l’aide de 2 autres personnes, un avocat et un indien métis du nord de l’Ontario, de trouver la route qui menait à la rivière George, à partir de Goose Bay au Labrador. Malheureusement, une suite d’erreurs l’entraîna sur de mauvaises rivières et il mourut de faim, en octobre 1903, dans une cabane de trappeur. On retrouva son journal de bord où il décrivait jour après jour sa déchéance et la mort qui le guettait. Les 2 autres eurent la vie sauve. Avec l’aide du même indien métis, la veuve de Hubbard, Mina, sans expérience elle aussi, organisa dès 1905 une autre expédition afin de retrouver la route d’eau qui la mènerait à la George. L’avocat de New York, évincé de l’expédition de Mina Hubbard, organisa sa propre expédition. Les 2 expéditions se déroulèrent simultanément. Le livre en question raconte l’expédition de Leonidas Hubbard, celle de Mina Hubbard et l’autre de l’avocat. Tous les lacs de tête de la George portent encore les noms que ces gens leur ont donnés à l’époque : « Lac de l’espoir » (Hope Lake), nom donné au moment où il croyait avoir trouvé la route, « Lac Résolution » lac où Mina décida de continuer plutôt que de rebrousser chemin, malgré l’hiver qui approchait…

    Après la lecture de ce livre, ma décision était prise. Je descendrais cette rivière. Après réflexion et consultations, la réalisation de cette expédition deviendrait une façon de mieux faire connaître « Les Répits de Gaby » pour enfants autistes que nous avons mis sur pied, il y a plusieurs années. La descente deviendrait le fer de lance d’une collecte de fonds pour enfin doter les RDG d’une résidence propre. Après discussion avec les membres du conseil d’administration et des parents d’enfants autistes, l’idée était retenue. Un an de travail a finalement permis à ce périple de se concrétiser. Le prochain rêve à réaliser sera la résidence pour la quarantaine d’enfants autistes que nous desservons. Et, dans ce rêve, il n’y a pas de mouches noires.

  • Journée particulière aujourd’hui


    Étienne : Ce matin, nous étions campés sur un superbe site, à côté d’une cascade se jetant dans la George. Je me suis levé plus tôt, vers 5 h, pour pouvoir remonter la cascade avant le départ en canot. J’ai marché pendant deux heures dans le soleil du matin et, étant parti avec ma canne à pêche, j’ai ramené cinq petites truites pour le déjeuner. Un moment de bonheur. Nous avions planifié une grosse journée, et pourtant les préparatifs de départ étaient très lents. Les canots ont quitté la rive peu avant midi… Grosse journée. Le temps est devenu graduellement nuageux, nous avons pagayé 37 kilomètres et nous nous sommes finalement campés sur une micro-plage… infestée de mouches noires. Je ne suis pas sûr d’avoir déjà vu autant de mouches. De plus, il a fait froid. Mais le coucher de soleil, avec son ciel violet, était superbe. Il ne nous reste que trois jours de canot. Plus une journée de portage, et peut-être une ou deux journées de congé (selon la météo). Nous reprendrons ensuite l’avion pour retourner à Montréal. Je ne sais pas si c’est le retour qui approche qui m’a mis dans un état de spleen toute la journée.

    5 hommes en lunch sur leur rocher. Étienne, Gérald, Pierre- Marc, Benoit et Raymond

    Personnellement, ce fut une grosse journée, mais pas à cause des 37 kilomètres, pas à cause du froid, pas à cause des mouches (l’avantage des soirées froides, c’est qu’à partir d’une certaine heure, il fait tout simplement trop froid pour les mouches) (je n’ai pas sorti le thermomètre, mais je crois que c’est autour de 7 degrés). Personnellement, ce fut une journée difficile à cause du spleen. C’est fréquent d’avoir une journée de spleen dans ce genre de voyage. Le spleen peut être causé par toutes sortes de raisons… Souvent, je ne sais pas trop pourquoi ça commence, ni d’ailleurs pourquoi ça finit. Je ne sais pas si ça a rapport, je ne sais pas si c’est la cause, mais c’est clair qu’aujourd’hui la féminité me manque. Les seules femmes que j’ai vues depuis mon départ de Montréal il y a deux semaines sont Alana (qui fait partie d’un groupe d’Américains qui descendent eux aussi la rivière, nous avons jasé 15 minutes) et Diane (une Québécoise très colorée qui nous a chaleureusement accueillis dans sa pourvoirie il y trois jours). C’est peu, trop peu. J’aime bien la gang de gars que je côtoie, mais il manque quelque chose. Et je ne parle pas de sexe, je parle de féminité. Je m’ennuie des femmes. Nous n’en avons pas discuté entre gars, mes partenaires de voyage prendront connaissance de mes réflexions en lisant ces lignes, mais je suppose que je ne suis pas seul à m’ennuyer des femmes. Nous avons tous à un moment ou à un autre découvert des formes féminines dans les lignes d’horizon des montagnes. C’est un symptôme qui ne trompe pas. Demain sera un nouveau jour. Si tout va bien, demain soir, nous camperons aux chutes Hélène. Nous achevons donc la portion rivière du voyage, et nous commencerons bientôt son estuaire. Nous arriverons dans quelques jours à la mer (ou, pour être plus exact, à la baie d’Ungava, quelque part au nord-est de Kujjuak). Ensuite, ça sera le retour vers Montréal, l’été, le vin rouge et les amies.