Pagayer pour l'autisme

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  • Aventure culinaire nordique


    Gérald : Le manque de planification des menus et de la nourriture est probablement le talon d’Achille d’une expédition comme la nôtre. Selon moi, la bonne planification de la grille des repas constitue l’élément clef qui fait la différence entre une expédition ordinaire et une mémorable. Sur le terrain vous luttez toute la journée contre les éléments pour vous retrouver 3 fois par jour devant votre première source d’énergie. Manger de la « soupane » matin, midi et soir démoralise les troupes, devient le propos de boutades et souvent démotive le groupe. On rêve alors aux bons petits plats de la maison ou de notre restaurant préféré et l’expédition perd tranquillement de son charme. Pour éviter cet écueil nous avons eu l’appui d’une experte en la matière, Anne Deschamps, qui connaît bien l’organisation de ce genre d’entreprise.

    Au lieu de se diriger vers des aliments vendus en boutique à prix fort ou encore vers les aliments lyophilisés, qui sont tout aussi inabordables, nous avons opté pour les produits vendus en épicerie grande surface. Le piège à éviter : les aliments et sauces contenant trop de sel, de sucre ou de glutamate monosodique. Notre partenaire dans la planification des menus a été IGA Crevier de L’Assomption / Joliette. Grâce à la collaboration de M. Pilon, nous avons pu parcourir ses allées des heures durant en prenant note de tous les produits secs, aliments en vrac, collation, jus et repas préparés sans réfrigération et déshydratés. Nous avions 3 repas par jour à préparer pendant 22 jours pour 5 personnes, pour un total de 330 portions. Nous avions aussi une limite de poids pour l’hydravion, jumelé avec une limite de volume pour les canots. Après cette visite exploratoire, nous avons révisé la liste et compté le volume des portions par personne. Un pagayeur de 225 livres ne mange par la même quantité de riz ou de pâte qu’un autre de 140 livres. Qui prend du café le matin ? Qui aime les noix plutôt que les collations sucrées ? Qui aime bien un jus d’orange le matin au lieu d’un chocolat chaud ?… Il faut répondre à toutes questions afin de bien calculer les portions pour éviter de trop en apporter ou encore d’en manquer. Suite à cette opération, nous nous sommes rendus chez nos amis du IGA pour compléter nos emplettes, avant de passer à la prochaine étape : l’ensachage.

    Étienne dans son canot avec comme décor les montagnes de la George

    Il s’agit d’apporter le moins d’emballages possible pour réduire le poids et l’impact environnemental de notre passage. Tout est mis sous vide hermétiquement avec une ensacheuse de qualité. L’étape finale consiste à identifier chaque repas par sa date de consommation et de les placer dans les barils par ordre décroissant, en commençant par le dernier repas au fond du dernier baril. Résultat : quatre barils de 60 litres, pour un poids total de 300 livres. Les seuls liquides apportés sont 4 litres d’huile pour la cuisson. Cette préparation de plusieurs jours a été salutaire. Nos repas sont délicieux et quotidiennement agrémentés de poisson. Dans cette rivière on retrouve de la truite mouchetée (omble de fontaine) généralement entre 2 et 4 livres, de la truite grise (touladi) encore plus grosse, de la truite arctique (omble chevalier) plus au nord, dans le lac en amont un peu de brochets et plus tard en saison, du saumon. On nous dit qu’il y a aussi de la ouananiche, type de saumon anadrome…

    Un dernier petit conseil. N’oubliez pas d’inclure dans votre liste, ce que les anglophones appelle du « comfort food », pour que vos collègues puissent se régaler de petites gâteries de temps en temps. En ce qui nous concerne nous avons parsemé nos repas de sucre à la crème maison (merci Anne), de fromage fin, de saucisson importé, de chocolat Toblerone et le soir d’un petit verre de scotch, de cognac et fines préférés. Vous êtes peut-être un galérien le jour, mais le soir il est important de bien reprendre vos forces physiques, morales par une expérience épicurienne.

    Benoît : Ce soir nous campons sur probablement le plus beau site de la rivière George. Un chapelet de cascades dévalent les montagnes pour se jeter à nos pieds. L’eau est bleutée et tourne au blanc lorsqu’elle rencontre la rivière. Le site surplombe la George qui coule à une vitesse impressionnante. Nous nichons à l’intérieur de plusieurs montagnes qui rappellent le parc de la Gaspésie. Nous sommes à 145 km de notre point de sortie. Il nous reste 2 jours avant le fameux portage de 3 km des chutes Hélène. Le moral du groupe est excellent. Ce soir une truite grise de 3 lb est au menu, accompagnée de pâtes au pesto et parmesan.

    Question : Parmi les questions envoyées, voici celle d’un lecteur assidu, M. Louis Pelletier : « Est-ce que la rivière George traverse le cercle arctique ? » Hé bien mon cher Louis, je ne crois pas. Si ma mémoire est bonne le cercle arctique se situe quelque part autour du 66e parallèle et traverse le Nunavut, les territoires du Nord-Ouest et le Yukon. La baie d’Ungava, où nous terminerons notre descente, se situe aux alentours du 58e parallèle. Par comparaison, la frontière canado-américaine se situe près du 45e parallèle.

    Autre question : « Les rapides de la George gèlent-ils en hiver ? » de Brenda, Rémi et Jérémi, autiste de 6 ans. Nous ne sommes jamais venus en hiver, mais par la force du courant dans les rapides nous pouvons supposer qu’ils ne gèlent pas là où ils sont les plus tumultueux. Le reste de la rivière est gelée une bonne partie de l’année (de septembre à mai).

  • De la rivière au sommet


    Raymond :Après avoir pagayé dans des conditions difficiles au cours des derniers jours, c’est-à-dire vent de face et température fraîche accompagnée d’une fine pluie intermittente, la journée de repos prévue à l’horaire fût plus que salutaire. Nous avons élu domicile sur le site d’une pourvoirie inoccupée à ce temps-ci de l’année, faisant face au pic Pyramide sur la rive opposée de la rivière. Gérald, Pierre-Marc et moi étant amateurs de randonnée en montagne nous ne pouvions résister à l’envie de nous rendre au sommet de celle qui nous rappelle vaguement les pyramides d’Égypte. Exotisme pour exotisme celle-ci valait l’autre. L’ascension se déroula rondement bien que la dernière portion abrupte de la montagne exigea toute notre attention puisque parsemée de pierres instables, rendues glissantes par la pluie des derniers jours.

    Le Pic Pyramide, haut de 1 400 pieds

    Les efforts et l’énergie nécessaires pour nous rendre au sommet furent récompensés par un magnifique point de vue sur la vallée et ses sommets environnants. Mais ces efforts et cette énergie ne sont rien en comparaison à ceux déployés par les parents d’enfants autistes pour leur offrir un cadre de vie normal malgré leur condition. Une fois au sommet, nous décidâmes d’y planter un drapeau imaginaire ou virtuel (puisque nous n’en avions pas sur nous) en guise de solidarité avec ces familles. La photo jointe en fait foi. Avant de redescendre nous avons dû affronter une pluie glaciale, un brouillard presque opaque, et un vent à vous décoiffer le couvre-chef, quoique ceux qui me connaissent savent que dans mon cas la nature a déjà fait son oeuvre. La météo nous obligea à nous abriter contre un rocher pendant vingt minutes, avant de redescendre dans des conditions sécuritaires. Une randonnée en montagne nous réserve souvent plein de surprises, tout comme la descente de la rivière George.

    Étienne : Nous n’avons pas pagayé aujourd’hui, et honnêtement Pierre et Gérald au sommet du Pic Pyramide avec le drapeau virtuel de Pagayer pour l'autismece repos a été pour moi un soulagement musculaire bien apprécié. C’est que je pagaie seul, sans partenaire dans mon canot. Nous sommes un nombre impair (cinq) et il fallait que quelqu’un se sacrifie. En pagayant seul, on n’a pas de partenaire pour équilibrer les forces entre la gauche et la droite (personnellement, je pagaie à droite, et sans partenaire mon canot a une très forte tendance vers la gauche). Il faut donc corriger vers la droite à chaque coup de pagaie, ce qui augmente l’effort… et surtout, ralentit le canot. Lorsqu’il vente, la correction est encore plus importante, ce qui augmente encore plus l’effort tout en réduisant la vitesse. Évidemment, le pagayeur solo est seul pour tirer son canot, en opposition au duoistes qui pagaient « à deux moteurs ». Croyez-moi, une deuxième pagaie fait une différence. Dans les rapides, être seul devient un avantage : le canot est plus facile à faire pivoter, et il devient possible de descendre en faisant des zigzags entre les obstacles. J’adore les rapides.

    Mon canot est un Blast, d’Esquif, qui a d’abord été conçu pour deux pagayeurs. A deux, c’est une Porsche : petit, nerveux… avec l’espace nécessaire pour le lunch, mais pas vraiment plus. De tous les canots duo que j’ai essayé (et je crois avoir essayé tous les duos sportifs), c’est le seul qui se pagaie comme un solo, qui est aussi manoeuvrable. En solo, c’est un canot de rapides permettant de transporter tout l’équipement de camping et la nourriture pour trois semaines. Les autres membres de l’équipe pagaient en duo. Pierre-Marc et Gérald ont un Canyon. Ce canot, également fabriqué par Esquif (qui est un commanditaire de notre expédition), est un peu une version duo du Blast. C’est un canot nerveux, pivotant facilement en plein rapide, et donc très performant. Il peut transporter les bagages de deux personnes pour un voyage encore plus long que le nôtre. Son défaut : étant plus facile à faire pivoter en plein rapide, il demande plus de corrections pour aller en ligne droite. De plus, tout comme le Blast, il a une coque façonnée pour réduire la quantité d’eau qui entre lorsqu’on descend au milieu des gros remous… mais cela rend le bateau plus lent lorsque vient le temps de traverser un lac. Raymond et Benoit ont un prospecteur 17 – vous avez deviné qui le fabrique! Il peut porter la même quantité de bagages que le Canyon, tout en étant beaucoup plus performant sur le lac… mais moins manoeuvrable en rapide. Aussi, c’est un canot qui se remplira plus rapidement que le Canyon. C’est une question de compromis! Nous reprenons la rivière demain, et je sais que nous aurons pleins de rapides pour m’amuser en Blast.